Sidi-bel-abbès

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Manou Rodriguez
   
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La pratique religieuse dans mon faubourg

 

Le dimanche matin, ma mère m'envoyait à la messe car il fallait faire sa communion solennelle.
Dès mon plus jeune âge, j'étais passionné de foot, mais aussi de cyclisme.
Sur le chemin qui menait à l'église,  si je voyais passer des cyclistes en tenue se rendant au départ d'une compétition, je m'informais tout de suite du lieu  de la course. C'était souvent un circuit à effectuer plusieurs fois. Adieu la messe ce jour-là !

Je me souviens que ces absences (deux ou trois dans l'année) me valurent de faire ma communion avec un an de retard. Le curé faisant scrupuleusement l'appel des présents, après la messe. 
Comme dirait l'autre, il n'y avait pas que les "mécréants, les communistes et les juifs" qui n'allaient pas à la messe.
Il y avait aussi des croyants, voire très croyants, qui n'aimaient pas aller à la messe le dimanche.
Comme beaucoup de gens de mon faubourg, nous préférions le dialogue direct , sans intermédiaire, avec le christ, les vierges et les saints ,omniprésents dans toutes les maisons. Ma mère avait toujours sa petite tasse et  ses "mariposas" (veilleuses) qui flottaient  sur un bain d'huile et qu'elle allumait dès qu'un petit coup dur s'annonçait dans la famille.
Combien de fois l'aurais-je surprise à prier devant ces petits autels improvisés.
Pourquoi les gens de mon faubourg n'allaient-ils donc pas à la messe, dans leur grande majorité ( je parle des adultes) ?
Peut-être que le latin chanté par le curé ne les émouvait pas beaucoup!
Peut-être n'avaient-ils pas de belles toilettes à montrer ou de beaux chapeaux à exhiber !
L'église se trouvait en plein centre ville et pour certains c'était déjà "un autre monde".
Notre faubourg était séparé de la ville proprement dite par une grande esplanade, de 300 mètres de larges plantées d'immenses platanes . On l'appelait le Glacis Sud.
Pourtant la ferveur religieuse était bien là.

Prendre le train et "faire le pélerinage" de Santa  Cruz  pour l' Ascencion  ne leur faisaient pas peur.
Vous allez peut-être sourire mais lorsque, le jour d'un examen , j'ouvrais mon porte- document pour prendre de quoi écrire , je retrouvais  immanquablement des médailles épinglées après ma trousse et toujours une ou deux images de "virgencitas" ( des petites vierges)., à l'intérieur.
Évidemment , ma mère, sans rien me dire, était passée par là.
Dans leurs discours quotidiens , il était souvent question de "Si Dios quiere ! ( Si Dieu veut!) Se lo pido a la Virgen ! ( Je le demande à la vierge!). Ne parlons pas des Saints qu'ils appelaient  à la rescousse à la moindre alerte.
Oui, c'était leur façon à eux de "croire".
A chacun d'en juger !


Manou Rodriguez de Sidi-bel-Abbès

m.rod@orange.fr

 

Quelques définitions :

Le mot "tchoupon" vient du verbe espagnol"chupar" ( sucer) .
"El chupón" c'est donc un suceur.
Il désignait dans la classe, les élèves qui gravitaient trop souvent autour du prof pour s'attirer sa sympathie..
On disait qu'ils fayotaient. C'était des fayots.
Le mot "tchoupons" était utilisé dans notre français  tandis que les hispanophones utilisaient plutôt le mot "alcahuete"  et son féminin "alcahueta". ( rapporteur -mouchard). la langue Espagnole a emprunté ce mot à la langue Arabe: [al -qawwad]
On entendait aussi dans le parler Oranien , le dérivé [ cahouète]  avec disparition de ce vieil article arabe "al" que l'on retrouve en tête de beaucoup de mots espagnols.
 
"chalaíco" ( tchalaïco] du verbe" chalar" et "chalarse"
L'adjectif , c'est "chalado", [chalao]
Si on y ajoute le diminutif "ico" on obtient "chalaíco"
Cela veut dire :être follement épris, amoureux
Mais aussi: "tonto", fou.
Il est vrai  que l'amour rend un peu fou.
Exemples: estoy chalao( o chalaíco) de la hija del tendero. ( amoureux fou de la fille de l'épicier)
Este vecino está chalao( ce voisin est bête, il n'a pas toute sa raison).
Ce mot était entré dans "notre français":  Putain! Je suis "tchalé" de la soeur de mon copain.( amoureux fou)
" Chalaíco" avec son diminutif  apporte une note plus intime  et plus intense que "chalao"
Oui !Notre espagnol n'était pas aussi insignifiant que cela. Soyons en fiers!
 
Combien de fois  aurai-je entendu dans mon faubourg cette expression " de mentéréjica" ( c'était pour rire). Surtout lorsque nous jouions aux billes ou aux pignols entre autre.
Elle n'est pas une invention Oranienne, c'est une expression bel et bien espagnole.
En réalité il faudrait dire " De mentirijica"
Ce mot vient de "mentira"( mensonge) et "mentirijica"( petit mensonge,  c'était  pour rire)
Je me souviens que , gamin, je disais même " de mentrajica".
Nous parlions tous  dans les faubourgs l'espagnol de nos parents et grands-parents qui, eux, n'avaient malheureusement jamais lu ou écrit leur langue maternelle. D'où ces petites déformations .
Mais pas de complexes à avoir car je viens de vérifier en surfant sur le web que dans la région de Murcia et d'Orihuela par exemple, l'espagnol populaire ressemble beaucoup au nôtre. Mêmes déformations de mots, mêmes inversions de syllabes ..etc
 
La paella [paéya] valenciana était faite avec du poulet ou du lapin. C'était le plat de prédilection des paysans, " pagès" ,de la  célèbre huerta de Valence , grande productrice de riz. Ajouter des calmars ,des gambas, des moules ...etc c'était la paella marinera ; un luxe car ces" mariscos" n'étaient pas à la portée de toutes les bourses.
A propos, il ne me semble pas avoir entendu parler , chez moi ,de "paella". On a toujours dit "arroz con pollo"; Il est vrai que mes grands-parents étaient tous andalous.
Le mot "paella" vient du nom valencien de l'ustensile qui sert à la préparation de ce plat, autrement dit "la sartén" ( la poêle).
 

 

Les jurons utilisés par les hispanophones de nos faubourgs :

Sacré verbe "cagar"!!!
Je demanderai pardon aux âmes sensibles pour oser aborder un thème aussi scabreux.
Ce sont des choses que l'on n'apprend pas au collège ,au lycée ni à l'université.
Ce vocabulaire  s'incrustait tout naturellement  dans nos petites têtes d'enfants des faubourgs. Il suffisait d'ouvrir ses oreilles sinon à la maison, tout au moins dans les patios, les rues et les bars de quartiers.
 Contrairement aux Français , les Espagnols utilisent le verbe" cagar" ( chier, se soulager) pour jurer et apaiser en quelque sorte leur colère,  leur fureur, leur irritation, un contre temps très fâcheux.
Certes , en Français, on dit bien:" Ne me fais plus chier!" et ici dans le Toulousain , on dit aussi" Fas cagat!".
Rien de comparable avec l'omniprésence de "cagar" dans les jurons espagnols.
En voici quelques exemples:
- Me cago en la mar !
- Me cago en la mar serena !
- Me cago en su alma! ( en son âme)
-- Me cago en Satanas y en el Diablo cojo! (... Satan et le Diable boiteux)
Me cago en la leche que mamó! ( le lait de sa nourrice)
Me cago en la madre que lo parió!( la mère qui l'a mis au monde)
Me cago en la puta de su madre! ( ..sa putain de mère)
Me cago en la puta madre que parió al Demonio(...la putain de mère qui enfanta le Diable)
Certains  ne craignaient pas de blasphémer :
 -Me cago en el Dios que lo menea ! ( . le Dieu qui l'anime mais.........qui est aussi le nôtre.)
-Me cago en la Hostia ! ( ... l'Hostie Divine)
-Me cago en Dios ! ( En Dieu ).
D'autres  plus prudents ou plus courtois se ravisaient au dernier moment ( ou se dégonflaient comme on dit) :
On entendait alors :
- Me" cassen" la mar ! ( ce qui ne veut rien dire mais le verbe "cagar" jugé trop scatologique est évité)
- Me cago en Diez(  on n'ose s'en prendre au Dieu tout Puissant et au dernier moment on le remplace par Diez  qui ici n'a aucun sens . Il suggère une certaine homophonie)
Mais le plus souvent les frontières de la décence étaient franchies selon l'intensité de la colère, sans aucune précaution.
 
A utiliser avec modération ! Rien à voir !

 

 

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