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La

Sénia

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C’est au bord de la grande sebkha oranaise que s’étend la plaie uniforme où s’élève le village de la Sénia. On ne serait guère douté, il y a vingt ans, de l’avenir de prospérité et de richesse qui se préparait pour le modeste village dont les petites maisons se serait en nombre restreint autour du clocher paroissial.

Trop loin d’Oran pour pouvoir espérer en venir un des faubourgs ; trop près du grand chef-lieu pour avoir une vie propre à entretenir des commerces prospères, on pouvait croire que la Sénia demeurerait toujours un nom presque insignifiant sur une carte, une simple station de la ligne d’Alger à Oran, sans importance autre que d’être la tête de ligne d’Aïn-Témouchent.

Pourtant les vignobles se créaient un à un autour de l’agglomération primitive ; partout où la valeur des terres ne s’y opposait pas des cultures verdoyantes apparaissaient dans l’infini de la plaine, une animation plus grande emplissait les rues du village aux herbes d’interruption du travail et voici maintenant que la Sénia va devenir une petite ville dont l’extension commence déjà à être remarquée.

On y a créé un terrain d’aviation dans des conditions particulièrement favorables ; le sol y est d’une horizontalité parfaite ; aucune forêt voisine ne constitue, pour les avions en exercice, de danger permanent ; grâce à l’immensité de cette plaine sans ondulation, la ventilation est régulière et comporte bien moins de remous dangereux qu’ailleurs. A proximité de la grande ville, tout en étant suffisamment dans l’intérieur des terres pour être à l’abri d’une attaque venant de la mer, le port aérien de la Sénia est un des meilleurs que l’on connaisse. C’est la tête de ligne des communications par avion avec le Maroc et sous ce rapport on doit s’attendre, dans un avenir relativement court, à y enregistrer un mouvement intense d’appareils se dirigeant soit vers l’ouest soit vers le Sud, soit vers Alger, la situation géographique de la Sénia étant de nature à en faire un véritable centre de rayonnement, la Sénia a naturellement été choisie par l’autorité militaire pour siège de plusieurs escadrilles, les alentours constituant en excellent champ d’entraînement aérien. La présence du personnel que l’utilisation et l’entretien de ces escadrilles nécessitent constitue pour le pays un fort appréciable élément de prospérité.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul.

La compagnie P.-L.-M., à qui vient d’échoir la régie des lignes de l’Ouest-Algérien rachetées par l’Etat, y poursuit l’installation d’une gare de triage.

Il est clair que, dans le passé, une faute a été commise : les voies de garage et de manœuvres sont notoirement insuffisantes en nombre, et un technicien pouvait dire, au cours d’un voyage d’études, que la gare d’Oran était à l’état d’embouteillage permanent. La direction actuelle des chemins algériens de la grande Compagnie française a parfaitement compris qu’un pareil état de choses ne pouvait se perpétuer et avec un esprit d’initiative et de décision auquel nous nous faisons un devoir de rendre hommage elle a décidé de faire de la Sénia la véritable gare des marchandises d’Oran. Ainsi se trouve tranchée la question de l’encombrement sans cesse grandissant des gares d’Oran-Karguentah et d’Oran-Marine.

Celles-ci ne seront plus le lieu des opérations interminables, des manœuvres compliquées que nécessite le triage des wagons dans un espace restreint, les abords immédiats de La Sénia se prêtent admirablement à l’installation de ses services ; les voies de garage et de raccordement peuvent être développées à l’infini sans rencontrer de déclivité appréciable et qui assure une sécurité absolue aux manœuvres. Déjà la ligne a été doublée entre Oran et La Sénia et la circulation des trains peut y être intensifiée à volonté. Il va sans dire que de nombreuses familles de commis et d’employés de la Compagnie P.-L.-M. vont être appelées à résider à La Sénia et contribueront pour une large part à la prospérité du commerce local déjà développé par l’appoint de la station d’aviation.

La population totale de La Sénia est actuellement de 2.257 habitants, dont 1.402 Européens ; d’une superficie de 2.990 hectares, la commune est à l’altitude moyenne de 99 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les services publics y sont au complet, comprenant notamment un bureau de poste, avec téléphone et télégraphe, des écoles et deux stations de chemins de fer où tous les trains indiquent l’arrêt – une station sur la ligne P.-L.-M. d’Alger à Oran et une sur le chemin de fer à voie étroite d’Oran à Hammam-bou-Hadjar. Des voitures publiques, des autobus assurent également le transport des voyageurs et des marchandises entre La Sénia, Oran et les principales localités avoisinantes. Une eau saine et abondante, un climat très tempéré à cause de la grande aération de ses alentours font de La Sénia un séjour très agréable qu’augmente encore la proximité de la grande ville, Oran ne se trouvant qu’à 7 kilomètres.

Il convient aussi de mentionner l’existence aux alentours de La Sénia de très belles propriétés rurales et de plusieurs grandes usines qui contribueront à faire de ce charmant village une agglomération importante. L’érection de La Sénia en commune de plein exercice remonte au 26 janvier 1874 ; mais ce n’est que depuis une quinzaine d’années que cette localité est entré dans la voie de prospérité et de richesse où nous la voyons aujourd’hui. Le récent renouvellement du Conseil municipal a placé à la tête des affaires M. Candide Ayala comme maire et MM. Joseph Préfume et Martinez, respectivement, comme premier et second adjoints.

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