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GERYVILLE LA CAPITALE DE
L’ALFA
Les
stratèges de l'équipement de l'époque, avaient fait passer la voie
ferrée Oran-Béchar, loin de GERYVILLE, effrayés peut-être, par les Djebels Amours et les monts
des Ksours. Cela n'avait pas été une mauvaise chose, bien au
contraire, car, grâce aux diligences, aux autocars et aux camions, GERYVILLE était bel et bien reliés au reste du monde.
C'est ainsi que Géryville eut la visite au moins, d'un ministre de la
guerre, Monsieur Etienne vers 1904 ou 1905, d'un Gouverneur Général en
1940, L'Amiral Etienne, défenseur de Dunkerque, les camions et cars
Berliet de la croisière Berliet franco musulmane, avant la Grande
Guerre. L'alfa des hauts plateaux avait fait la prospérité de la cité
entre les deux guerres, en effet, elle fit de GERYVILLE le centre alfatier le plus important d'Afrique du Nord.
Arrachée
avec méthode, cette plante bien singulière, parce qu'unique, donnait
un papier de qualité de renommée mondiale, fabriqué, hélas en
Angleterre. L'importance de cette ressource alfatière avait fait qu'un
exploitant local eu maille à partir avec messieurs Blachette et
Borgeaud, bien connus dans la finance de l'Algérois de l’époque. Ils
voulaient en avoir le monopole. Notre concitoyen eut gain de cause, après
un long procès, c'était avant guerre.
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EL
BAYADH anciennement GERYVILLE
capitale de l’alfa du temps de la France |
LA PLANTE
L’alfa, plante de la
steppe. A perte de vue, des espaces plats ou à peine vallonnés s'étendent
à perte de vue, couverts d'une herbe verte au printemps, grisâtre en
été, qui ondulait sous les rafales de vent. On aurait dit une mer agitée
par la brise c'est la mer d'alfa.
Elle
couvrait 4 millions d'hectares sur les Hauts Plateaux, de la frontière
marocaine à la frontière tunisienne; à l'ouest, elle débordait
jusque dans le Tell, atteignant le littoral ; au centre, elle couvrait
quelques milliers d'hectares dans le Sahara.
L'alfa
exigeant une faible pluviométrie (moins de 50 cm. de pluies par an) et
des terrains perméables et secs. A cet égard,
tout
le département d'Oran, du Nord au Sud, lui convenait. Il y occupait près
de treize mille hectares, plus du double si l'on ajoute les peuplements
des annexes de Méchéria et
de Géryville, appartenant
administrativement aux Territoires du Sud mais géographiquement aux
Hauts Plateaux Oranais. La pluviométrie étant déjà plus élevée
dans le département d'Alger les plants d'alfa ne s'étendaient que sur
600.000 hectares.
Sur
les Hauts Plateaux Constantinois, mieux arrosés encore, plus étroits
aussi, on ne trouve plus que 600.000 hectares. La densité alfatière va
donc en diminuant de l'Ouest à l'Est.
L'emploi
de l'alfa dans la fabrication du papier remonte au milieu du siècle
dernier, il est dû aux recherches d'un papetier écossais. Un centre de
manipulation et d'embarquement de l'alfa fut créé à Arzew par cet
industriel en 1870, 42.000 tonnes étaient déjà expédiées en Ecosse,
dix ans plus tard, les exportations atteignaient 80.000 tonnes. Elles s'établissaient,
dans les
années
qui précédèrent la guerre, autour de 110.000 tonnes. En 1962 elles dépassaient
les 200.000 tonnes ce qui était la preuve de l'activité croissante des
chantiers d'exploitation.
L'alfa
est une graminée vivace. La feuille contient une fibre très fine et très
résistante. Elle se détache facilement de la souche et il suffit d'une
traction très légère pour l'en séparer. Nous savons que les climats
secs lui conviennent et qu’il lui faut aussi des étés chauds, mais
il s'accommode très bien, en hiver, de basses températures : c'est
ainsi qu'à El- Aricha, sur
les Hauts Plateaux Oranais, il supporte des températures de 12 à 16°.
Sa rusticité, ses exigences très faibles, on le voit, en faisait une
plante de la steppe dont elle était presque l'unique ressource et en même
temps la seule richesse.
Il
faut en effet pour sa cueillette une nombreuse main d'oeuvre expérimentée.
On la trouvait autrefois parmi les immigrés espagnols de l'Oranie, car
l'Espagne aussi possède des peuplements d'alfa exploités avant ceux
d'Algérie, à l’époque les tribus indigènes nomades venaient au
moment de la récolte, camper à proximité des chantiers et
fournissaient en abondance cette main d’oeuvre occupés à l'arrachage
de l'alfa. Ils apportaient leur cueillette au chantier de pesage, l'alfa
pesé était payé aussitôt.
Le
transport à la gare de l'alfa mis en balles était une autre source de
revenu pour les nomades et leurs chameaux. Tout était donc profit pour
eux : cueillette, manipulation et transport.
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| La récolte de l'alfa on arrache les tiges en les enroulant autour d'un bâtonnet. |
Transport de l'alfa sur les hauts plateaux du sud Oranais |
Mais
il n'y a pas de profit que pour les travailleurs indigènes. Sur 4
millions d'hectares en effet, 60.000 seulement appartenaient à des
particuliers, le reste, c'est à dire la presque totalité, était la
propriété des communes ou de l'Etat. Les peuplements était concédés
à des négociants, qui versaient une redevance aux propriétaires,
concessionnaires, communes et Etat. Les travailleurs indigènes
trouvaient donc leur profit dans l'exploitation de l'alfa. Et l'on
devait également compter aussi sur les chemins de fer, qui acheminaient
jusqu'à la côte l'alfa récolté et les dockers qui le chargeaient sur
les navires, tous se partageaient les 85 millions que représentait les
exportations.
Les
peuplements d'alfa, cependant, n’étaient pas entièrement exploités.
De vastes espaces, en effet, trop éloignés des chemins de fer, n'ont
pu être mis en valeur. Ce n'est qu'à proximité des lignes de pénétration
d'Oran à Crampel, d'Arzew à Colomb-Béchar, d'Alger à Djelfa et de
Constantine à Biskra qu'existaient les principaux chantiers de récolte
; hors ces contrées, de vastes régions étaient inexploitables. Quoi
qu'il en soit, les peuplements exploités fournissaient à l'exportation
plus de 200.000 tonnes de produits.
Lorsqu'il
s'agissait d'alfa, on ne pouvait en effet tenir compte que de
l'exportation. C'est l'extérieur en effet qui constituait la principale
clientèle des chantiers algériens, on pourrait même dire la seule.
La
consommation locale était pour ainsi dire nulle. Tout au plus se réduisait-elle
à quelques milliers de tonnes employées par l'industrie familiale
indigène pour la
fabrication de nattes, de chapeaux, de sandales, d'escourtins, de
couffins et d'objets divers de vannerie et de sparterie, par quelques
usines européennes pour la production de cordages, de tapis ou de
tissus grossiers, de crin d'alfa utilisé comme succédané du crin
animal.
Son
emploi le plus répandu était la fabrication de pâte à papier ; c'est
cette industrie qui fît la véritable valeur de l'alfa d'Algérie.
Le papier d'alfa était souple, soyeux, résistant, très léger, très
bouffant, il prenait bien les caractères d'imprimerie. Mélangée en
proportions variables avec les pâtes de chiffons, de paille ou de bois,
la pâte d'alfa pouvait donner lieu à des milliers de combinaisons
d'une grande valeur et d'une excellente qualité.
Longtemps
le monopole du papier d'alfa fut détenu par l'Angleterre qui achetait
à l'Algérie la majeure partie de sa production bénéficiant de tarifs
de transport par mer excessivement bas. Elle avait sur l'industrie française
un avantage très sérieux, car l'alfa, marchandise pauvre, ne pouvait
supporter des frets coûteux. L'industrie anglaise nous revendait les
papiers qu'elle produisait, à des prix élevés, car le papier d'alfa
fut longtemps considéré comme papier de luxe.
Des
essais de fabrication furent cependant tentés en Algérie, dès 1906;
repris après la guerre, ils durent être abandonnés. On se heurtait en
effet à deux obstacles : le manque d'eau, d'abord, et surtout d'eau
pure, car la fabrication de la pâte en exige de grandes quantités. En
second lieu, le prix de revient était trop élevé sur les lieux de
production pour le combustible et les produits chimiques.
Tout
infructueux qu'ils eussent été, ces essais ne pouvaient laisser indifférente
l'industrie papetière française. Obligée d'acheter à l'étranger à
des prix excessifs les matières premières qui lui étaient
indispensables, elle ne pouvait qu'être tentée d'utiliser l'alfa,
produit de tout premier ordre, que l'Algérie, la Tunisie et le Maroc
lui offraient en abondance.
Dès
1920, l'idée séduisit un groupement de papetiers et de fabricants de
produits chimiques de la Métropole. Une société fût créée et à
qui d'importants gisements alfatiers furent concédés dans la région
de Djelfa. La fabrication de la pâte à papier commença en 1924 dans
une ancienne poudrerie de la vallée du Rhône. L'industrie du papier
d'alfa devenait une industrie française.
Cette
société en question mit en oeuvre jusqu'à 30.000 tonnes par an d'alfa
algérien et tunisien et produisit quinze mille tonnes de pâte à
papier. Ce n'était pas encore autant que la production anglaise, mais
le premier pas était fait.
Sous
cette impulsion, les exportations algériennes vers la Métropole
passaient de 900 tonnes avant la guerre à 9.000 en 1924, elles dépassèrent
les 22.000 tonnes.
Suivant
l'exemple qui leur avait été donné, d'autres papeteries françaises
commencèrent à traiter l'alfa; ce mouvement économique paraissait
avoir toutes les chances requises pour s'intensifier davantage.
Il
faut noter aussi que les pâtes françaises d'alfa avaient non seulement
conquis le marché français, mais elles s’étaient imposées de plus
en plus, par leur qualité et par leur prix relativement faible, sur les
marchés étrangers, allemand, suisse et même anglais.
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