L'histoire
qu'Alger veut gommer
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Élise
Deloraine, le 23-11-2007 Valeurs Actuelles
Mémoire.
À la veille de l’hommage national aux disparus d’Algérie, le
souvenir de la tragédie de tous ceux qui ne sont jamais revenus.
Les accords signés à Évian entre la France et le FLN, le 18
mars 1962, mirent fin à la présence française en Algérie. Ils
devaient aussi clore définitivement les huit années de guerre
qui venaient d’ensanglanter le pays. Ils marquèrent en réalité
le début d’une véritable campagne d’“épuration
ethnique”, menée à l’initiative du FLN, alors que les
troupes françaises quittaient le pays, en application des accords
d’Évian.
Cette date du 18 mars 1962, que la gauche voudrait commémorer
pour marquer la fin de la guerre d’Algérie, ouvrit en réalité
des mois de terreur absolue (la date retenue par le gouvernement
français pour la commémoration officielle, chaque année, est le
5 décembre). L’été et ce tragique automne 1962 furent marqués
par une chasse méthodique aux pieds-noirs et aux musulmans restés
fidèles à la France (notamment les harkis).
Souvent “oubliées” dans nos manuels scolaires, niées aussi
en bloc par l’historiographie officielle algérienne, ces
souffrances sont restées longtemps secrètes. C’est ce que
rappelle Raphaël Delpard dans son récit des heures tragiques vécues
par les derniers Français d’Algérie, ouvrage bienvenu au
moment où le régime algérien demande à la France un acte
officiel de repentance. Delpard revient sur la tristesse de devoir
tout quitter – “la valise ou le cercueil” –, l’impunité
dont bénéficièrent les tueurs du FLN, le désespoir devant
l’indifférence de la métropole.
Le rapatriement se fit dans la précipitation. Les scènes
d’adieu sur les ports d’Alger ou d’Oran sont dans la mémoire
de chaque rapatrié : « Des jeunes gens sont pris de
tremblements, des femmes éclatent en sanglots ou s’évanouissent
à mesure que le bateau prend le large. Des hommes tournent
ostensiblement le dos à la côte pour ne pas la voir disparaître.
» Une partie de l’opinion publique rendait même les
pieds-noirs responsables du déclenchement des violences. La
“pensée officielle” parlait avec mépris des “colons”, évoquant
des “exploiteurs”, alors que la moitié d’entre eux
appartenait aux catégories les plus modestes : « L’ignorance
fut bien le moteur du rejet. »
À Paris, des intellectuels collaborateurs du terrorisme antifrançais
qualifièrent les attentats du FLN « d’effort de résistance à
l’occupant ». Les rapatriés passèrent du statut de victimes
à celui d’agresseurs, surtout après la création de l’OAS
(Organisation de l’armée secrète), en février 1961. À Évian,
ils furent totalement ignorés.
Delpard illustre cette injustice à travers l’histoire de cet hôtelier
qui refusa une chambre à une femme et ses enfants, “simplement
parce qu’ils étaient des rapatriés” : « Dans son pro-pre
pays, elle fut considérée moins bien qu’une étrangère…
C’étaient pourtant deux communautés réunies sous le même
drapeau, parlant la même langue, partageant le même amour pour
la France et son histoire et cependant étrangères l’une à
l’autre. »
Plus d’un million de personnes quittèrent l’Algérie. « Les
autorités n’ont pris aucune disposition pour les accueillir »,
souligne aussi Éléonore Bakhdatzé, dans la Guerre d’Algérie,
un album regroupant cent trente photos issues du fonds
d’archives de l’AFP. Les familles allèrent d’hôtels en
foyers d’hébergement. Quelques rares associations leur vinrent
pourtant en aide. Dans leur exil, les rapatriés durent sans cesse
prouver qu’ils étaient bien français : « Cette blessure
administrative n’est pas la moindre de celles qu’ils eurent à
subir. »
Ce livre est aussi un hommage à ceux dont la vie repartait à zéro
: « Leur courage et leur esprit d’initiative firent merveille.
» Ces pionniers qui avaient mis en valeur l’Algérie –
travail encore nié par les autorités algériennes… – surent
bonifier des régions déshéritées, notamment en Aquitaine et en
Midi-Pyrénées : « Ils insufflèrent même un dynamisme supplémentaire
à la vie économique du pays en pleines “trente glorieuses”.
»
À lire
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Les
souffrances secrètes des Français
d’Algérie, de Raphaël Delpard, Michel Lafon,
286 pages, 20 €. |
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La
Guerre d’Algérie, d’Éléonore Bakh-datzé,
Hoëbeke-AFP, 120 pages, 19,90 €. |
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L’hommage
national. “Impossible d’oublier”
C’est à Perpignan, ce 25
novembre, que sera inauguré par Alain Marleix, secrétaire d’État
aux Anciens combattants, le mémorial national des disparus
d’Algérie, pour la période 1954-1963. Ce monument est le
premier de la sorte en France. Il porte 2 619 noms, ceux de la
liste des disparus communiquée par l’État. C’est Nicolas
Sarkozy qui avait promis ce geste de la nation le 18 avril
dernier, dans un courrier adressé aux associations de rapatriés
: « Près d’un demi-siècle après les faits, il est grand
temps que toute la lumière soit faite sur ces disparitions. Il
est grand temps de connaître la vérité historique des faits. Il
est grand temps de rendre hommage à ces victimes et à leur
famille. »
Plus de sept mille personnes étaient attendues sur place,
notamment un millier de membres de familles de disparus,
pieds-noirs, harkis ou militaires, et plus de trois cents présidents
d’associations de Français d’Afrique du Nord. La cérémonie
portera aussi la mémoire des dizaines de milliers de harkis et
supplétifs musulmans de l’armée française, abandonnés et
suppliciés par le FLN, morts sans sépulture, des combattants fidèles
qui n’ont jamais pu être identifiés.
La veille de cetendant presque
quarante ans par l’État français, ce qui en faisait le dernier
vrai tabou de l’histoire de la guerre d’Algérie. À cette
occaste cérémonie, le samedi 24, le Cercle Algérianiste
organise à Perpignan un grand colloque présentant de nombreux
films inédits, des témoignages de personnalités (historiens, témoins
directs, journalistes, cinéastes), clôturé par un concert
exceptionnel de la Musique de la Légion étrangère. Tous, au
cours de cette journée, auront à cœur de raconter cette page
douloureuse, volontairement oubliée pion, le Cercle Algérianiste
présidé par Thierry Rolando édite un document passionnant,
“Français d’Algérie disparus”, reprenant des dizaines de témoignages
de familles sans nouvelles de proches depuis cinquante ans.
L’ouvrage s’ouvre sur cette citation de Jean Brune : « La
seule défaite irréparable c’est l’oubli. »
Frédéric Pons
Contact
:
Cercle
Algérianiste national - BP 213, 11102 Narbonne Cedex
Tél. : 04 68 32 70 07 Courriel :
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