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LETTRE
OUVERTE A TOUS NOS ENFANTS PIEDS-NOIRS
Quelques jours avant ou quelques jours
après l’indépendance de l’Algérie, anciens Départements Français,
vos parents ont du se décider à quitter cette terre pour rejoindre
dans leur grande majorité la métropole, pour rester Français et échapper
bien légitimement à de grands dangers.
Souvenez-vous de l’expression "la valise ou le
cercueil.."
Pour vous sauver du cercueil, Chers enfants, nous avons choisi la valise
et par avion ou navire nous avons rejoint cette encore grande inconnue
pour certains d’entre nous, que nous portions dans nos cœurs "LA
FRANCE". Inconnue territorialement s’entend, à part pour ceux
qui y étaient venus y faire leur service militaire, pour y combattre
l’ennemi en 14/18, et pour la libérer au cours de la deuxième guerre
mondiale de 1939/1945, guerres dans lesquelles vos grands pères et pères
ont connu l’honneur de ne pas avoir déposé leurs armes et des les
avoir portées haut et fiers, comme des lions courageux jusqu’à la
victoire de 1945, et pour d’autres qui avaient eu le plaisir d’y
venir en vacances ou en voyages d’affaires. Cette France nous la
connaissions à travers les récits de nos grands parents et parents et
par nos études scolaires et universitaires et nous portions son
histoire dans nos pensées comme un symbole de "LIBERTÉ, ÉGALITÉ,
FRATERNITÉ" sous l’étendard de la République Française.
Vous êtes arrivés enfants en France où vous y êtes nés et parfois
vous vous interrogez sur cette expression Pieds-noirs que l’on utilise
pour nous qualifier et que nous utilisons aussi entre-nous. Vos parents
ont du garder une petite pointe de cet accent enjoué et les expressions
qui nous caractérisent. Une certaine pudeur nous empêche parfois, pour
vous éviter le passage de la guerre d’Algérie et ces souvenirs
douloureux, de vous enseigner exactement qui nous sommes vraiment.
D’abord des Français de souche et ces Français par option
volontaire, de toutes origines européennes. Nos ancêtres lors de la
conquête de l’Algérie arrivaient de France, d’Espagne, d’Italie,
des Baléares, de Corse et d’autres pays l’Europe, pour s’établir
sur ce pays dont les terres en friches s’offraient à nos travaux..
Pourquoi la France a-t-elle conquis l’Algérie. Dans un raccourci,
indiquons que par suite d’un incident diplomatique insultant à l’
égard du Consul de France de la part du Dey d’Alger,( ville qui se
trouvait sous domination turque) pour relever notre honneur, mais
surtout parce que les pays d’Europe en expansion étaient persuadés
de devoir, au nom de l’humanité et de son bien-être économique, de
porter le flambeau de leur civilisation et de leur savoir faire, dans
ces pays que l’on pourrait considérer de nos jours comme des pays
hyper-sous-développés.Il était important aussi pour notre commerce
d’assainir la méditerranée des pirates qui abordaient et pillaient
quantité de navires et de nous assurer une place forte en Afrique du
Nord.
Une fois établis dans ce pays, vers 1830 environ, peu à peu au fil du
temps nous nous sommes mariés entre Français-Italiens-Espagnols-Corses,
et tous autres Européens et on nous appelait bien souvent les Européens
d’Algérie. Pour ces raisons de mariages entre européens, nous avons
dans une même famille des blonds aux yeux bleus, des châtains roux aux
yeux verts et des bruns aux yeux noirs..
Sur nos tables familiales se présentent tous les plats d’Europe, nous
sommes gourmets : paëlla, rizotto, pates en sauce tomate, civets,
escargots, tomates-poivrons-aubergines-courgettes farcies ou finement
cuisinées, petits pâtés au fromage, à la viande, ou à la
soubressade, beignets salés ou sucrés, cocas et pizzas à la tomate et
aux poivrons ... viandes rôties ou en sauce fines, etc... je ne peux
pas tout citer, mais je n’oublierai pas notre gourmandise pour les
fruits de mer et les poissons, sans oublier les délicieuses pâtisserie
parfumées à la fleur d’oranger (Ah ! les monas de Pâques), les mantécaos
à la cannelle, les oreillettes etc.. . Nous sommes de bons mangeurs et
nous aimons aussi les fruits frais, pastèques, melons, raisins,
abricots, prunes, oranges, mandarines et les confitures, sans oublier
tous les fruits secs ; enfin nous savons aussi tenir nos verres à
l’apéritif avec l’anisette et la khémia, et nous apprécions les
bons vins pendant le repas et les liqueurs à la fin, avant le caouah !
Nous sommes comme on dit "des bons vivants", nous avons une
bonne fourchette et avons levé notre verre dans les bonnes occasions.
Ah ! j’allais oublier le couscous et le méchoui........ce sont des
plats que nous apprécions là-bas et que nous avons mis au goût du
jour dans les raouts" en France et les Français de France apprécient
aussi notre cuisine, quoiqu’il vaut mieux les prévenir quand notre
cheval de Troyes culinaire" contient un ennemi puissant des palais
délicats : je veux parler du piment et de l’harissa ... Aie ! Aie !
Aie ! .....
La cuisine comme la littérature et les arts font partie de notre
culture et c’est autour d’une bonne table que l’on fait plus ample
connaissance, que les langues se délient et que finalement on s’aperçoit
que patos ou pieds-noirs c’est du pareil au même pour ce qui est de
l’appréciation des mets et des bons vins. Pour l’appréciation de
nos idées politiques c’est parfois autre chose.... mais enfin en gens
bien éduqués nous sommes tolérants des deux côtés et nous évitons
les sujets à rebrousse-poil, quoique nous avons le souci d’informer
et de remettre poliment (en évitant le coup de bélier) les
pendules cérébrales et intellectuelles à l’heure quand il le faut.
Enfants et petits enfants de pieds-noirs vous appartenez à une dynastie
de travailleurs, vos ancêtres en Algérie ont défrichés de leur gains
des terres incultes et des marais pestilentiels où sur des boues et
eaux infestées régnaient la malaria, le paludisme et bien d’autres
maladies mortelles à l’époque et dont des centaines sont morts
quelques temps après leur arrivée et pendant quelques décennies
ensuite, en attendant que tout le pays fût assaini.
Puis peu à peu ces travailleurs ont planté des cultures, céréales,
vignes, jardins potagers, jardins fruitiers, plantes et fleurs, des
arbres venus de France et ils ont construit des maisons, des routes, des
villages, des écoles, des hôpitaux, établit des commerces et ses
entreprises, créer des musées, des théâtres et des opéras, des
lieux de cultures et de distractions. Tout cela ne s’est pas fait en
un tour ... il a fallu beaucoup de sueur et d’huile de coude. Ils y
avaient aussi des médecins, des pharmaciens, des ingénieurs, des
hommes d’affaires et de lois, des fonctionnaires, des marins, des
transporteurs, des travailleurs artisans, maçons, mécaniciens,
tailleurs et spécialistes de tous les métiers qui ne ménageaient pas
leur temps pour édifier l’œuvre commune.
Certains villages de basse Kabylie, construits par les Alsaciens et les
Lorrains arrivés en Algérie vers 1870 ressemblaient comme deux gouttes
d’eau à certains villages anciens que vous pouvez visiter en Alsace
et en lorraine. D’autres villages ou hameaux du début de la conquête,
construits par les Espagnols et les Mahonnais au cœur de leurs
cultures, appelaient l’Espagne et les Baléares. Je pense tout
particulièrement au Hameau de Bou Hamédi, près du Fondouk, avec ses
maisons basses aux murs blanchis à la chaux, et ceux qui connaissent le
nom de ma famille comprendront pourquoi : il a été entièrement édifié
par les famille Gonalons, Pons, Gornès Vidal et d’autres noms qui
s’échappent, tous apparentés ; le dernier ouvrage très important édifié
au fondouk avant l’indépendance, le BARRAGE du FONDOUK, l’a été
sous la conduite de Jean Gornès, ingénieur des Arts et Métiers, fil
de feu Laurent Gornès cousin de ma Grand- mère Feu Agathe Gornès.
Pardonnez-moi cette parenthèse qui évoque mes très anciennes racines
paternelles.
Les arbres que vos ancêtres avaient plantés et acclimatés venaient de
France et des pays d’Europe et peu à peu cette terre hostile,
fertilisée et caressée par leurs mains travailleuses était devenue
notre Belle France d’Algérie.
Les habitants originaires du pays ont acceptés pour certains d’entre
eux, de travailler avec nous, d’autre pas. Pour ces derniers, nos mœurs
étaient trop occidentales et ils craignaient qu’à l’exemple des
européennes leurs femmes ne s’instruisent et s’émancipent et
c’est pourquoi tout en vivant en bonne entente socialement dans la vie
publique de tous les jours, nous vivions de façon parallèle nos vies
privées, nous dans nos coutumes et traditions et eux dans les leurs ;
les différences de religions, éléments qui comptaient à l’époque,
rendaient tout mariage impossible entre les deux communautés. Cela
n’a pas empêché de solides amitiés de se forger. Il
a eu très peu, presque pas, de mariages mixtes Français et
musulmans, sauf dans quelques rares grandes familles évoluées et tolérantes.
Mais pour le travail et les affaires grandes et petites, nous nous étions
habitués progressivement à travailler ensemble en bonne efficacité et
entente.
Nous avons vécu là-bas pendant cinq, six générations en moyenne ;
vos grands-pères et pères sont venus à deux reprises en France et en
Europe faire leur service militaire et surtout faire la guerre de 14/18
et celle de 39/45 pour défendre la France (la Mère Patrie) contre ses
ennemis de l’époque, et ceux qui n’y sont pas morts tués au combat
sont revenus chez eux en Algérie, quelquefois avec une fiancée Française
"de France" qu’ils n’ont pas manqué d’épouser.
Nous sommes fiers de leurs actions et ils vous arrivent certainement
parfois, si vous fouiller dans leurs affaires, de trouver des décorations
militaires, croix d’honneur, croix de guerre et médailles militaires.
A leur honneur beaucoup d’algériens étaient à leur côté, dans
l’Armée Française. Beaucoup de jeunes Français d’Algérie sont
aussi partis comme militaires pour défendre le Maroc et ensuite
la Tunisie, mais dans ces derniers cas, victorieux sur les terrains
l’opérations, ils ont été trahis et abandonnés par des politiciens
de basse envergure.
Nous étions citoyens à part entière et quand la France était en
danger nous étions tous présents sous le même drapeau tricolore.
C’est ce que l’on appelle le patriotisme et ce que j’appelle moi
"l’honneur d’être un homme".
Les valeurs militaires, celle du courage et de l’honneur ont été
injustement bafouées par des politiciens de bas étages, incapables et
félons : ne vous laissez pas intoxiquer par leur propagande de
faux-intellectuels. Mais vous, que feriez-vous si votre pays et votre
famille étaient attaqués par un ennemi féroce ?. Laisseriez-vous égorger
vos pères, mères, épouses et enfants, Laisseriez-vous envahir votre
pays les bras croisés .... Je suis sûre que non. Il ne s’agit pas
d’attaquer, nous sommes pacifistes, mais de savoir se défendre. Pour
le moment ici nous sommes relativement en paix. Alors, chacun d’entre
vous selon notre personnalité, vos qualités, vos goûts, vos tendances
et possibilités, choisissez un but ; profitez de votre temps
d’enfance, d’adolescence et de jeune adulte pour vous instruire,
apprendre un métier ou un art, sans oublier de vous distraire sainement
: la fête fait aussi partie de la vie ; tout est utile pour votre
avenir et pour le pays. Ne perdez pas votre temps précieux, évitez les
excès de verbiage pseudo-intellectuels ou politiciens, les polémiques
diseuses, n’entrez pas dans de vaines querelles partisanes, utiliser
vos forces et votre intelligence pour vous livrer à des actions concrètes,
constructives, utiles pour vous-mêmes, pour votre entourage et
d’environnement. Il vous faut comme l’on dit "se situer dans le
paysage" vous faites partie d’un ensemble qui demain formera l’Europe
nouvelle. Notre Belle Algérie de France par ses divers composants en était
un prélude, nous avons déjà tous travaillé ensemble... et il y
encore du pain sur la planche à pétrir. Vous avez votre mot à dire,
qu’il soit de vérité et de justice ; vous avez une place à prendre,
vous êtes en France et dans tous les pays d’Europe légitimement chez
vous, par descendances, coutumes et traditions. Ne vous laissez pas
marcher sur vos pieds-noirs, soyez fiers de vos ancêtres proches et
lointains, même si en plus de leurs qualités ils ont pu avoir des défauts,
comme tout le monde ; la perfection n’est pas d’ici-bas, comme vous
le savez, mais il faut tout faire pour s’en approchez afin de vivre ma
vie dignement.
Nous les vieux pieds-noirs de l’ombre de notre soir nous vous tendons
le flambeau, avec des gestes et ces mots tout simples qui peuvent vous
paraître dépassés sans notre époque où règne un mode de
communication outrancière, mais les modes passent et l’esprit
demeure. Nous sommes la génération mémoire-relais" Prêts ? ....
Partez .. Bonne vie et longue route enfants et petits-enfants
pieds-noirs et surtout n’oubliez pas comme l’on dit chez nous
"comme on fait son lit, on se couche".
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