|
L’ALGERIE
et la Constitution de 1958 |
Dans le volume qui collationne
les archives du groupe de travail préparatoire au texte constitutionnel
(consultable 30 ans après) il est dit à propos de l’article 72 qui
n’existait pas dans le texte de 1946 (constitution précédente) « la
différence importante a trait à l’adjonction de la formule : toute
autre collectivité est crée par la loi »
On passe ainsi d’une énumération
« fermée » des collectivités territoriales (dont
faisait partie l’Algérie) à une énumération « ouverte »,
le législateur se voyant ainsi doté de la possibilité de créer
d’autres types de collectivités territoriales que les communes,
départements et territoires d’outre mer et donc éventuellement
de rassembler autour d’une collectivité territoriale d’un
type nouveau les départements algériens déjà dotés d’un
statut particulier.
De plus si l’on en croit une
déclaration consignée de Monsieur TEITGEN (partisan de larguer
l’Algérie) devant le Comité Constitutionnel alors que ce
dernier craignait que l’Algérie soit « condamnée »
à demeurer vitam -æternam départements de la République :
on lui a répondu (consigné) qu’il avait été inséré dans le
texte la formule déjà citée ci-dessus « qui permettra de
créer une collectivité territoriale adaptée au problème algérien ».
Dans le même sens devant la
commission constitutionnelle du Conseil d’Etat selon les mêmes
archives, le commissaire du gouvernement Mr JANOT précise que
« le problème algérien évoqué pouvait trouver sa
solution dans la même formule citée ». Il apparaît donc
clairement que dès cette période on ait introduit dans la future
constitution des éléments nouveaux en vue d’amorcer la séparation
de l’Algérie et de la France, ce qui rendait très pertinente
la question posée par les deux députés cités à propos de la rédaction
de l’article 72.
De plus contrairement aux allégations
de Mr DEBRE un article 53 donne la possibilité de « cession,
échange ou adjonction éventuelle de territoires en fonction
d’une loi ratifiée par une
consultation des populations intéressées ». Ainsi par la
suite, sous couvert de « l’organisation des pouvoirs
publics en Algérie » De Gaulle fera ratifier par le référendum
du 8 janvier 1961 sa politique algérienne et promulguera une loi
référendaire qui changera le statut de l’Algérie avec
l’adoption du principe de l’auto détermination.
Ce statut ayant été désormais
modifié, il fera ratifier les accords d’Evian par la seule métropole
lors du référendum du 8 avril 1962 ; l’Algérie étant
appelée à les ratifier à son tour par la question posée lors
de la consultation du
1er juillet 1962 relative au choix de l’Indépendance
dans le cadre des accords d’Evian ». Il faut se souvenir
que la déclaration générale d’Evian stipulait « si la
solution d’indépendance et de coopération est adoptée, le
contenu des dits accords s’imposera à l’Etat algérien ».
On sait ce qui advint de cette déclaration utopiste et les
drames qui s’en suivirent.
Voilà pour l’utilisation du
texte de cette constitution primitivement niée par Michel DEBRE.
Maintenant n’étant pas juriste, il peut y avoir des avis différents
mais je suis d’accord sur ce point avec le Docteur Jean- Claude
PEREZ lorsqu’il qualifie « mortel » le référendum
du 28 septembre 1958 auquel nous fumes peu nombreux, à part les
communistes, à répondre NON.
Jean François PAYA
Références
et sources :
Ouvrage
« Ecriture de la Constitution de 58 » par
l’association française des Sciences Politiques et des
Constitutionnalistes (Edition Economica 1992)
Ouvrage
Chapsal et Sancelo Directeurs de l’Institut d’Etudes
Politiques et de Sciences Po « Edition PUF 1975) à propos
« des pouvoirs publiés en Algérie »
Archives
de la Commission préparatoire au texte constitutionnel
consultables après 30 ans.
Ouvrage
de Jean-Claude PEREZ « L’Islamisme dans la guerre d’Algérie »
|