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SUITE A L'EMISSION "RIPOSTES" SUR FRANCE 5

Entretien avec Bernard COLL, Secrétaire général de JPN

" JUSTICE POUR LES FRANCAIS RAPATRIES"

JPN – Dans le débat de RIPOSTES sur France 5, avez-vous pu développer l’ensemble de votre argumentation ?

BC – Les thèmes que nous devions aborder : pourquoi les relations entre la France et l’Algérie ne sont pas apaisées ? L’Etat français doit-il reconnaître son implication première dans les traumatismes dus à la colonisation ? Dans le drame des Harkis ? s’annonçaient particulièrement intéressants mais n’ont pas pu être vraiment développés du fait du déséquilibre dans le choix des intervenants.

JPN – En affirmant en Algérie que « le système colonial est profondément injuste », Nicolas Sarkozy a-t-il ouvert la porte à une repentance de la France pour les « traumatismes » subis par les populations colonisées ?

BC – Il semblerait que le Chef de l’Etat n’a pas eu le temps de bien apprécier les conséquences logiques de cette affirmation sans fondement historique. D’abord il n’a pas précisé de quel système colonial il s’agissait : français, anglais, espagnol, turc, arabe, israélien, portugais… ni l’époque : phénicienne, grecque, romaine, moyen-âge, XVe à aujourd’hui… Cette affirmation suppose qu’il y a une doctrine coloniale unique, universelle et intemporelle. La colonisation est un phénomène humain aux causes multiples : grandes migrations historiques des populations, défense d’intérêts commerciaux, expansion culturelle.. .. Lors de son prochain voyage en Italie, Nicolas Sarkozy va-t-il demander au gouvernement de ce pays ami la réparation des traumatismes causés aux Gaulois par la colonisation romaine ? En déclarant que « la colonisation est un système injuste », le Président de la République française ne justifie-t-il pas inconsciemment l’appel au meurtre du grand humaniste, philosophe et penseur marxiste français Jean-Paul Sartre : « Un colon mort, c’est deux hommes libérés : le colon et le colonisé », excusant ainsi les crimes « barbares », selon son prédécesseur, du FLN contre des civils désarmés ? En ce qui concerne les traumatismes subis par les Algériens, le film Cartouche gauloise de Médi Charef donne une idée assez juste des relations entre les populations arabe, juive et européenne durant l’Algérie française, ceci malgré les attentats terroristes du FLN qui n’avaient pour seul objectif que de briser les liens d’une fraternité réelle.

JPN – Nicolas Sarkozy a tout de même rendu hommage aux « hommes et femmes qui ont œuvré de bonne foi pour leurs pays, dans le respect de ses lois, et qui se sont sacrifiés parfois ». Il a reconnu « le courage et la persévérance de ces Français d’Afrique du Nord qui avaient travaillé dur toute leur vie, qui avaient construit des routes, des hôpitaux, des écoles, des mairies… ». Il a même conclu ce paragraphe de son discours du 5 décembre à l’Elysée par : « Je veux qu’on les respecte. »

BC - Il faudrait demander au Chef de l’Etat comment dans un système colonial profondément injuste il peut y avoir autant de personnes aussi admirables. On est en droit de se demander s’il ne vaut pas mieux un système injuste qui produit de bons effets qu’un système juste qui n’a que des effets pervers ? Si l’on en juge par l’accueil réservé par les Algériens aux 60.000 pieds-noirs qui sont retournés ces deux dernières années dans leur Pays, il faut croire qu’ils n’ont pas attendu le constat de Nicolas Sarkozy pour les respecter. Les Français d’Afrique du Nord sont respectés en France, comme en Algérie, par leur travail, leurs talents, leur sens civique et pour leurs qualités humaines. Ce qu’ils attendent plutôt de leur Président, c’est qu’il respecte les engagements qu’il leur a tenus durant la campagne électorale. Alors ils auront pour lui le respect dû à un homme de parole.

JPN – Quel est, selon vous, la façon d’arriver à une relation apaisée entre la France et l’Algérie ?

BC – Dire la vérité, toute la vérité. C’est, vous l’avez constaté, un des points sur lesquels tous les participants de l’émission étaient d’accord. 45 ans après nous sommes devant le tribunal de l’Histoire. Dans un premier temps il faut d’abord qu’en France, entre Français, nous sortions du « Mensonge français » si bien décrit par Georges-Marc Benamou, aujourd’hui Conseiller pour la Culture de Nicolas Sarkozy. Oui, pour faire aboutir sa politique algérienne le général De Gaulle a commis un crime contre l’Humanité. C’est si vrai que ni la famille du général, ni ses anciens collaborateurs, ni l’Etat français, ni les Institutions en charge de sa mémoire, ni les historiens du gaullisme ne l’ont poursuivi en diffamation devant les tribunaux. Les historiens disposent aujourd’hui de tous les documents et témoignages pour démontrer la responsabilité de De Gaulle de façon incontestable. Pour sortir de cette impasse il faut, dans un premier temps, que Nicolas Sarkozy tienne son engagement de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans l’abandon et le massacre des harkis ainsi que pour les autres milliers de victimes civiles et militaires, pieds-noirs et soldats enlevés ou assassinés après la « paix » d’Evian du 19 mars 1962. Il s’agit de permettre à 2 millions de Français rapatriés de revenir dans le droit commun français dont ils ont été exclus depuis 1962 de part la seule volonté du général De Gaulle. Il s’agit d’un simple acte de justice. C’est ce que nous avons démontré dans le rapport remis au Conseil Economique et Social à la suite de notre audition du 30 octobre dernier.

JPN – Cette reconnaissance ne va-t-elle pas au contraire rendre plus difficile la relation entre la France et l’Algérie ?

BC – Il appartient aussi aux Algériens, entre Algériens, de faire la même démarche pour sortir du « Mensonge algérien » dans lequel ils vivent aussi depuis 1962. Le fait que la France assume sa part de responsabilité libère l’Algérie d’une partie de ce crime contre l’Humanité. Car si le FLN a pu massacrer entre 80.000 à 150.000 harkis ou plus, il n’a pu le faire que parce que le gouvernement français de l’époque a créé volontairement les conditions de ce massacre programmé par les accords du 19 mars, comme l’a démontré le Professeur Maurice Allais, prix Nobel d’Economie dans son livre « L’Algérie d’Evian » publié en juillet 1962. En droit, la responsabilité du commanditaire est plus lourde que celle de l’exécutant. Cette étape franchie des deux côtés de la Méditerranée, il sera alors possible de faire en sorte que le souvenir de ces milliers de sacrifiés de toutes origines contribue à la construction d’une relation nouvelle entre la France et l’Algérie notamment dans le cadre de grands projets communs comme celui de l’Euroméditerrané e.

JPN – Quelles vont être les conséquences pour les Français rapatriés de cette reconnaissance de la responsabilité du gouvernement français de 1962 ?

BC – L’Etat français doit réparer les préjudices moraux subis et indemniser les biens matériels spoliés. A la suite de notre audition le 30 octobre par la Commission finances du Conseil Economique et Social, nous avons adressé à son Président un rapport justifiant l’indispensable reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français de 1962 ainsi qu’une proposition de réparation et d’indemnisation. Pour l’indemnisation la dette de la France envers les Français rapatriés est de l’ordre de 30 milliards d’euros. Pour la réparation, nous avons proposé 20.000 euros par famille n’ayant pas eu de victime, 30.000 euros par personne ayant connu des conditions d’exode dramatiques (harkis et enfants parqués dans les camps, enfants de parents victimes d’attentats terroristes, pieds-noirs contraints à la misère et au désespoir, etc…) et 100.000 euros pour les victimes d’attentats terroristes, pour les familles dont un parent a disparu et pour les victimes de la répression de l’Etat français comme celles de la terrible fusillade de la rue d’Isly du 26 mars 1962. Le montant total de la dette de la Nation est en tout de 42 milliards d’euros.

JPN – La situation financière de la France, déclarée en faillite par le Premier ministre, peut-elle supporter cette somme importante ?

BC – Lorsque les Français ont eu à combler le « trou » du Crédit Lyonnais, banque d’Etat, ils ont dû payer 24 milliards d’euros, c’est-à-dire 60 % de la dette due par la France aux Rapatriés. Personne n’a protesté, même pas les Français Rapatriés. Ces 24 milliards n’ont fait qu’augmenter la dette globale, qui est de 1200 milliards d’euros, de 2%. Chaque année la dette publique de la France augmente de 50 à 60 milliards d’euros. Les 42 milliards nécessaires au solde de la « dette d’honneur » de la Nation envers les Français Rapatriés, étalés sur 5 ans, ne représentent que 15% de la croissance annuelle de la dette et 0,6 % de la dette globale. On voit mal comment cela peut mettre la France davantage en faillite. Sur TF1 le 29 novembre dernier, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il allait vendre 2,5% d’EDF, pour 3,7 milliards d’euros, afin de rénover et moderniser des Universités, l’Etat restant majoritaire à 85%. Il suffit donc de vendre 28,4 % d’EDF pour que la Nation solde sa dette envers les Français Rapatriés, l’Etat restant majoritaire à 56%. Nous avons donné une trentaine d’exemples identiques à la commission du Conseil Economique et Social dont le Président nous a déclaré : « Si je vous comprends bien, il s’agit plus d’une volonté politique que d’une question financière ». Pour une fois nous avons été bien compris. Un dernier exemple datant du 7 décembre 2007. Dans le Parisien, Mme Bachelot a annoncé, dans la rubrique « faits divers », que les 500 patients irradiés à l’Hôpital Jean-Monnet d’Epinal percevront une indemnité de 10.000 euros chacun pour les surdosages de rayons subis. Nous en sommes très heureux pour les victimes. Faut-il, pour obtenir satisfaction, demander que Mme Bachelot devienne ministre des Rapatriés ?

JPN – Quelles recommandations donnez-vous aux Français Rapatriés qui adhèrent à votre démarche ?

Nous demandons à toutes celles et tous ceux qui partagent notre approche d’écrire au Chef de l’Etat pour qu’il respecte, avant la fin de l’année 2007, son engagement de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans les crimes qui ont suivi le 19 mars 1962 en Algérie comme il s’y était engagé lors de la réunion du 13 avril 2007 devant plus de 50 représentants pieds-noirs. Nous avons mis sur notre site les adresses utiles pour le faire.

JPN – Vous souhaitiez adresser des remerciements en fin d’émission mais vous avez été coupé par l’animateur.

BC – Les Français rapatriés, leurs associations et leurs représentants se battent depuis 45 ans, et plus pour nos compatriotes du Maroc et de Tunisie, pour obtenir justice dans des conditions extrêmement difficiles, avec peu de moyens humains et matériels. Les sacrifices personnels et professionnels faits par les responsables sont du niveau des problèmes rencontrés, c’est-à-dire énormes. C’est pourquoi j’ai tenu en fin d’émission à remercier mon épouse, fille de harki, rescapée du massacre de 1962 et les officiers qui l’ont sauvée avec sa famille. Comme je voulais aussi remercier nos parents, nos familles, nos amis et adhérents de nous avoir soutenu depuis 1974 année où nous avons commencé, mon épouse et moi, à agir pour que Justice soit rendue à toute notre communauté, Harkis, Pieds-Noirs et Métropolitains victimes de la politique de l’Etat français de 1962. Je voulais aussi remercier le professeur Maurice Allais, Prix Nobel d’Economie et auteur de « l’Algérie d’Evian » pour son constant soutien, ainsi qu’André Santini qui depuis 1986 nous honore d’une confiance sans faille, Enrico Macias, Marthe Villalonga, Robert Castel, Lucette Sahuquet, Julie Pietri…et des centaines d’autres personnes connues ou anonymes qui nous ont permis d’arriver à cette étape importante de notre action. Je voulais aussi remercier toutes celles et ceux, berbères, arabes, juifs et européens qui sont morts pour créer et défendre une Algérie française fraternelle, celle du 13 mai 1958, date importante de notre Histoire que nous commémorerons l’an prochain. L’année 2008, année du 50e anniversaire de la fondation de la Ve République ayant suivi la révolution patriotique des Français d’Algérie, va être le prolongement naturel de 2007, année du 45e anniversaire de l’exode des Français d’Algérie et d’hommage à tous les Français d’Afrique du Nord. Chacun peut y participer et nous savons déjà que nous pouvons compter sur beaucoup de nos compatriotes. A bientôt et gagnons ensemble !

Jeune Pied-Noir remercie toutes les personnes qui ont adressé des messages de soutien à l'association suite à l'émission RIPOSTES d'hier soir. Une réponse personnelle leur sera adressée dès que possible.

ADRESSEZ-NOUS VOTRE AVIS PAR COURRIEL A L'ADRESSE DE JPN - MERCI

 

 

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