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LES
GRANDS BARRAGES APRES 1900
C'est en 1920 qu'a
été élaboré le vaste programme de barrages réservoirs dont
l'achèvement total, en dépit des difficultés techniques parfois
considérables, d’une cadence de financement trop lente et, pour
finir, de la guerre, permettra quand même à ces enfants de vivre
plus largement dans l’hygiène et le confort.
Les barrages et
travaux d'irrigation, les aménagements de points d'eau, les
drainages, les travaux hydrauliques etc. ont coûté plus de 10
milliards de francs à la France.
En 1962, l'Algérie comptait, 12 ouvrages
permettant le stockage de 500 millions de m3 d'eau utilisés pour
irriguer 148000 hectares et 17 ouvrages fournissant 408 millions de
kWh aux usines hydrauliques. En 1960, la production globale, en
ajoutant celle des centrales thermiques était de 1 322 000 000 kWh)
Le caractère fondamental du pays étant l'irrégularité, on
est bien obligé de penser immédiatement à la régularisation des
cours d'eau, chaque fois qu'un débit annuel moyen suffisant le
justifie, et que les circonstances topographiques et géologiques
permettent de trouver des emplacements favorables à la création de
barrages réservoirs.
Cette dernière condition, est, hélas, bien peu souvent réalisée
véritablement, car en Algérie les terrains d'assise sont rarement
favorables à de telles constructions.
Seul un besoin aigü a poussé à l'édification d'ouvrages
en des emplacements qui, en d'autres pays, n’eussent pas été
retenus.
Nos
aînés avaient montré la voie avec des moyens précaires, mais
aussi avec une constance et une hardiesse dignes d'éloges, comme le
prouvent les anciens barrages du Tlélat et du Sig.
Comme partout, l'origine de l'eau est très diverse :
captages de sources, pompages dans des nappes souterraines, dans des
sous écoulements d'oueds, puits artésiens, prélèvements sur des
réserves régulatrices. Disons aussi que parmi une multitude de réalisations
à l'échelle courante, en tous pays, l'Algérie peut d'ores et déjà
s'enorgueillir d'un ensemble remarquable.
Il y aurait beaucoup à dire sur les réalisations concernant
l'agglomération algéroise, qui avaient pour objet l'alimentation des très nombreux
villages de Kabylie et bien d'autres encore.
La construction des équipement
hydrauliques des Cheurfas, de l'oued Fergoug et de la Djidjouia en
Oranie, de Meurad, du Hamiz, sans compter de nombreux ouvrages
secondaires, ont été des histoires compliquées, agrémentées de
ruptures souvent assez catastrophiques.
Les barrages survivants encore utiles, étaient rares, car
leur capacité trop faible les condamnait à une vie courte, à
cause de l'envasement. Certains d'entre eux ont pu être consolidés,
parfois surélevés, et rendent encore des services appréciés.
C'est le cas de celui des Cheurfas, sur le Mékerra en Oranie
(Saint-Denis-du-Sig) et surtout de celui du Hamiz, aux portes
d'Alger, qui a été consolidé en amont, surélevé et muni d'un réservoir
de capacité raisonnable en 1934-1935.
L’équipement hydraulique de l'Algérie a commencé réellement
en 1926 par la construction du barrage de l'Oued Fodda, très
beau mur rectiligne de près de 100 m. de haut, installé dans une
gorge calcaire, et retenant plus de 200 millions de mètres cubes
d'eau. La seule difficulté sérieuse fut l'étanchement des
fissures du rocher. Ce fut la première utilisation à grande échelle,
et avec un plein succès, des procédés modernes d'injection.
Le
barrage du Ghrib, sur le Haut-Chéliff, et celui de Bou-Hanifia
sur l'Oued-el-Hammam, en Oranie, offrent des caractéristiques
communes.
Installés dans des vallées molles, sur des terrains franchement
mauvais, compressibles et entraînables, sur des rivières offrant
des possibilités de crues de 4.000 à 6.000 mètres cubes/seconde,
ils comportent tous deux un énorme massif de gros
enrochements
arrimés, un masque amont à base de béton bitumineux spécialement
étudié ,des para fouilles très profonds, des rideaux d'injections
extrêmement développés, des moyens de drainage complexes et des
ouvrages évacuateurs de crues particulièrement puissants. Le Ghrib
a une soixantaine de mètres de hauteur, Bou-Hanifia une
cinquantaine et chacun des deux ouvrages a nécessité la mise en œuvre
de 7 à 800.000 mètres cubes de matériaux.
Le
barrage de Bakhadda, sur la Mina affluent du Cheliff, est également
un barrage en enrochement de 45 mètres de haut. Le masque étanche
d'une technique un peu plus ancienne, est en béton armé souple.
Sur
la Tafna, presque à la frontière marocaine, s'élève un bel
ouvrage à voûtes multiples, le barrage des Beni-Bahdel, de
54 m de haut, destiné à l'alimentation en eau de la ville d'Oran,
et aux irrigations de la plaine de Marnia. Les voûtes inclinées à
45 degrés et s'appuyant sur des contreforts en béton massif ont 20
m de portée d'axe en axe. Une surélévation de 7 mètres décidée
en cours de construction conduisit à l'utilisation de procédés élégants
de précontrainte, qui constitue une des originalités du
barrage. Une autre
réside dans l'évacuateur de crues dit en "à becs de
canard", installé sur l'un des deux ouvrages secondaires de
fermeture de cols situés à une côte trop basse.
L'alimentation
de la région d'Oran à partir du barrage-réservoir de Beni-Bahdel,
conçue pour un débit d'environ 100.000 m3 par jour. Grands
souterrains, stations de filtration et de correction chimique des
eaux, conduite forcée en béton fretté de 1,10 m de diamètre intérieur
pour des pressions atteignant 3okg/cm2 et de 165 km de long,
dispositifs très modernes et spécialement étudiés pour rupture
de charge permettant pour la première fois la commande automatique
par l'aval de tout le dispositif, usines destinées à utiliser l'énergie
des chutes, tout cela contribuera à faire de cette adduction une
sorte de modèle du genre.
Le
jour de l’arrivée de cette eau douce à Oran, le maire de l’époque
monsieur Fouques Duparc offrit une anisette géante pour fêter l’évènement :
D’autres ouvrages du même programme virent le jour, celui
du Ksob, à voûtes multiples, dans la région du Hodna, ceux
de Foum-El-Gheïs et des Zardézas, également dans le
Constantinois.
Ces ouvrages, qui tous ont leur originalité propre, et ont
pratiquement tous donné lieu à des difficultés exceptionnelles de
construction, constituent des réussites techniques que les ingénieurs
d'Algérie sont assez fiers de montrer aux visiteurs.
Ils
sont aussi, et c'est cela qui compte, une source de richesses
particulièrement précieuses, et le prix souvent élevé de leur
construction
difficile n'enlève rien à leur puissant intérêt économique.
Enfin l’Algérie, en dépit de toutes les difficultés, a
eu la hardiesse d'entreprendre un nouveau programme de grands
barrages.
* l'un sur l'Oued-Sarno, en Oranie, barrage en terre destiné
à compléter et garantir les irrigations du Sig, mal assurées par
le vieil ouvrage des Cheurfas.
* l'autre sur l'Oued-El-Abiod, dans la région de Biskra ; il
barrera par une voûte hardie la gorge calcaire du Foum-El-Gherza,
à la traversée du dernier chaînon que l'oued descendu de l'Aurès
et coulant vers le Sud, traverse avant son entrée dans la plaine désertique.
Cet ouvrage sera le premier exemple d'un réservoir d'irrigation à
utilisation proprement saharienne.
* le barrage de l'Oued-El-Taht qui est un sous-affluent
du Cheliff affluent de la Mina en Oranie, dont l'édification compléta
la régularisation du bassin de cet oued.
* enfin
celui du Meffrouch, dont la construction permettra l'alimentation en
eau potable et industrielle de Tlemcen, ainsi que de riches
cultures. |