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LE
BARRAGE DE MEURAD, sur l'Oued Djabroun. C'est l'un des plus
anciens barrages construits en Afrique du Nord. Le bassin
versant couvre 18 km' situés sur le versant N de l'Atlas.
L'indice pluviométrique est de 900 mm. L'ouvrage ne sert qu'aux
irrigations d'été, car il y a bien un emplacement de barrage,
mais il n'y a pas de cuvette. La rivière à un débit annuel
moyen de 6 hm3, soit un peu moins que 200 l/s. Depuis 10 ans que
le barrage existe, on ne connaît pas de crue ayant dépassé 20
M3/S.
Le premier projet de barrage date de 1851 et fut présenté
par le Capitaine de Génie MALGLAIVE; l'ouvrage avait 24 m de
hauteur et était muni d'un déversoir en puits. Le projet définitif,
arrêté en 1852 par le Colonel BIZOT, fut exécuté entre 1852
et 1859, sans aucune précaution ni prudence, et en particulier
sans respecter les données du projet du Colonel BIZOT.
Pour cet ouvrage fondé sur des roches basaltiques mises en
place au Miocène et reposant sur des marnes du même âge ou
plus anciennes (crétacées), on exécuta entre 1852 et 1854,
d'abord la galerie de dérivation posée sur le basalte, de
forme à peu près circulaire et de 3 m de diamètre, puis une
première tranche de digue de même hauteur.
En 1855, on élevait la digue à 17 m de hauteur, sans
pilonnage ni arrosage, au moyen de wagonnets déversant la terre
à l'anglaise en deux couches, l'une de 12 m d'épaisseur,
l'autre de 2,00 m.
En 1856, on faisait une couche d'environ 2 m.
En 1857, en procédant de même, on portait la
hauteur de la digue, compte tenu des tassements, à près de 20
m et l'on prolongeait la galerie de quelques mètres.
Enfin, en 1859, on portait la crête de la digue
à la cote 97 environ (cote des plans militaires); soit environ
à 30 m au-dessus de la cote du terrain décapé de départ
(soit 66 environ).
Ainsi cette digue a été faite, on peut le
dire, n'importe comment, en cinq couches successives.
En 1862, le tassement ayant atteint, plus d'un mètre
en certains points, on rattrapait ce défaut en rechargeant la
digue.Au fur et à mesure que l'on surélevait la digue, on
montait la tour devant servir de déversoir. Mais les talus amont et aval
n'avaient point été réglés et se trouvaient correspondre à l'angle de
tenue naturelle des terres, soit sensiblement 1 pour 1,6 m. On fut obligé,
pour remédier au foirage de la digue côté amont, de le revêtir.
C'est le Capitaine DENFERT-ROCHEREAU qui le proposa en 1863, et l'on exécuta
ce revêtement en gradins.
Enfin en 1867, après de longues discussions, la digue fut
munie d'un déversoir de crues extrêmement sommaire qui consiste simplement en un canal latéral non revêtu, capable d'évacuer 25 à 30
m3/s, et arasé à la cote vraie (247,40), soit environ 6 m sous le
couronnement de la digue, laquelle continuait d'ailleurs à tasser.
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Actuellement le parement aval est recouvert par une végétation
abondante, en particulier d'arbres ayant des troncs de 40 à 50 cm de diamètre.
Les tassements sont à peu près terminés, le
couronnement a une forme concave très accentuée. L'ouvrage emmagasine
quelque 500.000 m3 pour une hauteur d'environ 26 m au-dessus des
fondations.
La question de la surélévation s'est posée de
nombreuses fois. Il serait certes imprudent d'y répondre par oui ou par
non, sans examen de la question, et cet examen nécessiterait des sondages
de reconnaissance qui n'ont jamais été faits. Il est probable qu'une
telle opération ne pourrait être tentée qu'après avoir muni l'ouvrage
d'un organe de vidange puissant capable, par exemple, d'évacuer 50 m3/s
pour une cote du plan d'eau égale à la cote maximum actuelle. On peut en
tout cas affirmer que Meurad est l'un des barrages en terre les plus
audacieux du monde, sa largeur à la base étant d'environ 95 m pour près
de 30 m de hauteur, et pour une charge d'eau voisine de 24 m.
La comparaison avec le barrage de Saint-Lucien est fort
instructive: elle montre le rôle essentiel joué par les fondations et
prouve, comme nous l'avons déjà dit, que l'importance du coefficient de
sécurité ne peut être déterminée qu'après de nombreuses discussions
entre l'Ingénieur et le Géologue. Telle fondation peut permettre telle
audace, telle autre ne le peut pas. Les basaltes du barrage de Meurad sont
très peu fissurés, et les fissures sont naturellement colmatées par des
produits argileux provenant de l'altération de la roche elle-même. En
tout cas, si les eaux ont une action sur la roche qui peut pourrir,
il ne saurait être question de départ de matière par dissolution, comme
c'est le cas dans les calcaires. Le basalte peut donc fournir une
fondation moins bonne que les calcaires comme résistance, mais on sait
que cette particularité n'a pas une grande importance, s'agissant d'un
barrage souple; en revanche, le risque de circulations faciles, à forts
débits sous faibles charges, créant évidemment des possibilités de renards
extrêmement dangereux, y est fort improbable.
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