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L'Hydraulique
rurale Algérie: pays des contrastes et des excès. -
Contraste entre les périodes
pluvieuses et les périodes sèches. - Contraste entre l'air humide du
littoral et celui du Sud étonnamment sec. - Contraste entre les rigueurs de
certains hivers et les jours torrides du siroco. - Contraste entre les marécages où l'eau stagne et surabonde, et les vallées arides où l’eau dévale en trombes
dévastatrices. - Excès dans les quantités d'eau
tombées quand il pleut. - Excès dans les périodes sans
pluie. - Excès dans les eaux nuisibles qu'il
faut évacuer. - Excès même dans les eaux utiles dont la violente et soudaine abondance apporte plus de périls que de profits. Contrastes et excès que les hommes de ce pays ont dû travailler à corriger en faisant preuve d’une grande ingéniosité. De ces contrastes et de ces excès il résulte que le problème de l'eau n'est pas dans l’Algérie colonisée, un problème de quantité, mais un problème de répartition et d'aménagement. La moyenne des pluies est : A Alger, de 766 millimètres, égale
à celle de la France entière. A Fort-National, on enregistre 1 mètre
126 millimètres. A Bougie : 1 mètre 036 millimètres. A La Calle : 860 millimètres. Dans
la Grande Kabylie, il pleut plus qu'en France. On admet qu'une zone
recevant 500 millimètres est propice à des cultures rémunératrices.
Or, dans tout le Tell, sauf de rares exceptions locales, les chiffres sont
très supérieurs à cette limite. -
Lalla-Marnia
cote 529 millimètres. -
Miliana:
787 millimètres. -
Dra-el-Mizan:
943 millimètres. -
Guelma :
637 millimètres. -
Tiaret,
744 millimètres. Sur
les hauts plateaux, la moyenne de 500 millimètres est souvent atteinte,
parfois dépassée. La France a barré quelques oueds: *
Celui du Tlélat dont le barrage retenait 730.000 mètres cubes *
Celui du Magroun
un
million de mètres cubes *
Celui des Cheurfas sur le Sig, 18 millions de
mètres cubes *
Celui de Fergoug, sur I'Habra, 30 millions de mètres cubes *
Celui de Meurad,
800.000 mètres cubes *
Celui de Charron à la limite Est du département d'Oran qui devait irriguer 30,000
hectares *
Celui du Sig *
Celui de l’Habra *
Celui de la Djidiouïa *
Celui du Nador *
Celui du Hamiz La
mise en réserve des eaux surabondantes engendra aussi la construction
d’autres grands barrages *
sur le Chélif et ses affluents *
sur le Saf-Saf *
sur l'oued Bou-Sellam *
sur la Haute-Mina avec ses cinquante millions de mètres cubes d’eau qu’il devait
redistribuer dans plaine de Relizane. *
sur la Tafna *
sur l'oued Ksob *
et aussi sur d'autres oueds
en particulier dans l'Aurès. Telle
était la politique tracée dont l'Algérie pouvait attendre un avenir de
prospérité et de richesse. Ces
barrages eurent l’heureuse conséquence entre autre de répartir
utilement les eaux torrentielles et dévastatrices qui allaient en pure
perte, se jeter à la mer. La
politique hydrique en 2007 Faut-il
continuer à construire des barrages ? Les
incidences financières et écologiques sont de plus en plus décriées
par les experts internationaux en hydraulique. Le même constat
s’applique évidemment aux barrages nationaux. Ces
derniers ont été construits, il est vrai, pour les nombreux avantages
qu’ils procurent, mais il n’en demeure pas moins qu’ils présentent
de nombreux inconvénients, qui d’ailleurs sont le plus souvent occultés
ou passés sous silence volontairement. En effet, l’un des effets
pervers de ses barrages est l’envasement ou ce que les experts appellent
l’« ennemi silencieux » et qui cause annuellement, selon la
Banque mondiale, un préjudice avoisinant le 1% du coût global de
l’investissement. En effet, toutes les études ont montré que ce phénomène
produit un dépôt de vase de l’ordre de 4,5 milliards de mètres cubes,
ce qui réduit les capacités de stockage des barrages d’environ 11%.
Cependant, selon un professeur chargé de cours à l’Institut des
sciences commerciales d’Oran, « ce taux est encore plus important
concernant les barrages algériens. » Dans une de ses
communications, il ira jusqu’à s’interroger sur la nécessité de
continuer à construire des barrages en Algérie. Il écrira à ce sujet :
« L’impact de la construction d’un barrage ne se mesure qu’après
une dizaine d’années. Ses constructions sont souvent financées par des
emprunts stricts de la Banque mondiale, ce qui constitue une cause
d’appauvrissement et d’endettement incontestable. » Il ajoutera :
« Force est de constater que le nombre, mais surtout la capacité
des barrages construits depuis 1962 montrent une faiblesse flagrante de
mobilisation des ressources hydriques. Nous remarquons que le volume moyen
par barrage exploité est passé de 23 millions de m3 en 1962 à 20
millions de m3 en 1994. Cet état de fait s’est répercuté nettement
sur l’apport des barrages exploités par habitant de 2,3 m3 à 0,8 m3
pour la même période. » Selon
les estimations de l’agence nationale des barrages (ANB), quatorze
barrages accusent un taux d’envasement ahurissant, qui a complètement
mis hors d’usage leurs équipements hydromécaniques. Il s’agirait des
barrages de Fergoug à Mohammadia (Mascara), envasé à hauteur de 78%,
Meurad (Tipaza) à 72%, Beni Amrane (Boumerdès) à 65%, Hamiz à 26%,
Ksob (M’sila) à 47%, Foum El Gueiss à 84%, Zardezas à 18%, Merdja
Sidi Abed (Relizane) à 13%, Oued Fodha (Chlef) à 45%, Ghrib (Aïn Defla)
48%, Bouhanifia (Mascara) à 26%, Boughezoul (Médéa) à 35% et Beni
Bahdel (Tlemcen) à 12%. Cet état des lieux ne prend pas en ligne de
compte un nombre assez important de petits barrages complètement abandonnés.
On citera à titre d’exemple le barrage d’Arzew. Un
constat d’échec Les
barrages de captage d’eau actuellement en service nécessitent 600
millions de dinars en moyenne pour leur entretien, soit 4% du montant
global de l’investissement pour les équipements et 0,5% pour les opérations
de génie civil. Ce qui amènera d’ailleurs le professeur à
s’interroger sur l’opportunité de construire des barrages, car,
dira-t-il, « non seulement ils sont coûteux, souvent réalisés à
fonds perdus, ils augmentent l’endettement extérieur, mais le plus
souvent ils ne sont pas demandés par les paysans. Ils sont même décriés
dans certains endroits pour les mesures d’expropriation qu’ils
engendrent. » Il dira en substance : « Souvent, la décision
de construire un grand barrage répond à la pression de groupes d’intérêts
puissants et non à une décision économique. La réalisation d’un
ouvrage peut résulter d’une concurrence entre investisseurs étrangers
souvent au détriment du partenaire local. Ainsi, la concurrence nationale
et internationale sur les projets peut prendre diverses formes. »
Tout le monde sait que le barrage de Hammam Boughrara d’une capacité de
59 millions de m3 est situé en aval d’un oued drainant les eaux usées
de la ville d’Oujda. Le revers de la médaille à une telle situation
est illustré par la formidable régression des superficies irriguées
dans la région de l’ouest du pays, qui est passée de 80 000 ha en 1975
à 60 000 ha en 1985 et enfin atteindre le seuil fatidique de 50 000 ha en
1995. En tout état de cause, tout
le monde s’accorde à dire qu’actuellement les besoins des générations
futures, en Algérie, doivent s’inscrire dans une optique de l’après
barrage par les recours d’abord aux eaux souterraines (forages,
puits...), au dessalement de l’eau de mer et enfin au recyclage des eaux
usées. |