Mon Aouelo et mon Aouela
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MON abuelo venait d'Alicante vers 1895 pour travailler comme saisonnier, avec un groupe d’une cinquantaine d’ouvriers, comme lui, pour la taille de la vigne et les moissons. Les femmes restaient évidemment en Espagne. Cà devait être très dur. Ils dormaient dans les hangars ou dehors. Mon Aouélo, qui est décédé à 98 ans, a dû avoir une « vie de chien ». Pourtant il ne se plaignait jamais considérant que c'était tout à fait normal. Il a fait ainsi trois saisons consécutives.

Le Propriétaire terrien de Saint Louis, à 20 kilomètres d’Oran,  qui l'embauchait lui a demandé s'il voulait venir s’installer définitivement. Oui lui a répondu l'Aouélo, mais j'ai mon épouse et deux enfants à Mogente ( Près d'Alicante). OK je vous paie le voyage à tous et vous vous installez dans un deux pièces qu'il avait au village de Saint Louis. Mon Aouélo est donc rentré en Espagne et a fait venir sa famille. Le voyage s’est effectué dans les cales évidemment avec malheureusement une mer très agitée lors ce court passage d’Alicante à Oran. Mi Aouéla a été très malade du départ à l’arrivée. C’était en plus la première fois qu’elle voyageait et voyait sûrement la mer - Mogente est à 40 Kms d'Alicante et à cette époque ils ne devaient pas beaucoup se déplacer -. A l'arrivée à Oran elle s'est mise à genoux sur le sol oranais, à fait le signe de la croix et à dit : Nunca mas subo en un barco( je ne remonterai plus sur un bateau).  C'est ce qui est arrivé.

Cinq enfants sont nés ensuite à Saint Louis, dont mon Père.

L'aouelo a toujours été ouvrier agricole. Une vie très dure à l’époque avec des journées interminables. Leurs moyens d’existence étaient très précaires.  

Il n'a jamais parlé le français. Uniquement en Valencien. Il nous comprenait mais répondait dans sa langue natale.

C'était un pur qui n'aurait pas fait de mal à une mouche.

Par contre il a inculqué à ses enfants des bases solides : respect et travail. La politique il ne connaissait pas. Normal puisqu'en tant qu'étranger il ne fallait pas se mêler de ce qui ne le regardait pas... Merci d'avoir du travail devait-il penser.

 

Leurs enfants et petits enfants ont toujours eu un profond respect pour eux. C’est la meilleure récompense qui pouvait leur être donnée.

 

Jean ANDRES

 

Quelques écrits qui m’ont été adressés après l’envoi du texte ci-dessus, et la photo à des Amis Oranais. 

Juan,
Tes Aouailos sont supers Merci pour cette très belle photo que l'on regarde avec respect.
Mon grand-père aussi parlait en valencien tout comme mon père d'ailleurs.

J'arrivais à comprendre et à prononcer quelques uns . Haora Mi Padre y mi Madre san hido et je n'ai plus l'occasion d'entendre cette Langue

Merci Amigo

José
 

Jeannot,
Tes grands-parents respirent l'honnêteté. Il ont la tête de ceux qui ont travaillé toute leur vie sans se plaindre, et qui à l'automne, sont heureux d'être ensemble.

Claude

Bravo Jean

Je reconnais là ,nos ancêtres, les pionnés de cette Algérie Chérie. Je crois que tous nos Abuelos ont eu le même parcours. Le mien, du côté de ma mère, s'est embarqué sur des bateaux français, qui faisaient escale à Mahon, en 1850 pour rejoindre l'Algérie.

Bien la photo du couple, le pépé a du être un « pinchico » et un trabajador" ne lésinant pas à la tâche, bien épaulé par l'abuelica, ferment de l'unité familiale

Amistad

Justico

  

 

Jean, lorsque je lis l histoire de tes grands parents, je lis un peu celle des miens aussi, ils venaient eux aussi de la région d alicante.....ils ont aussi travaille très dur, et ont élevé leurs enfants avec certes beaucoup de rigueur, de droiture ,mais aussi avec tant d'amour!!!!

Marc

 

Jean
L'histoire de la vie de tes grands-parents est sans doute comparable à celle de nos aïeux.
Ils ont été durs à la tâche et courageux, c'est peut-être pour ça que rentrés en Métropole, sans faire de bruit nous avons remonté la pente et réussissons notre nouvelle vie.
Merci d'avoir partagé ces souvenirs avec nous,

Bisous, Michèle

 

 Mon cher Juan de Gambetta y Mogente,

Voilà un message touchant. C'est un portrait tout empreint de sincérité et d'attachement à ses origines que je salue avec beaucoup d'émotion : car il résume bien ce qu'ont été nos ancêtres venus d'Espagne à l'aube de la colonisation pour mettre en valeur les terres attribuées ou louées aux immigrants français. Voir ce vieux couple ,l'homme au regard assuré et visant droit l'horizon, le visage plissé par des années de "sol a sol, luna a luna " en los campos de Mogente ou Fuente la Higuera, mains forcies par le maniement des outils rustiques ( il est dur le manche des zapas, picos ,palas...! ), tout près d'une femme qui est là, rassurante dans sa forte stature et son visage d'une personne décidée et sans doute dure à la tâche, avec cependant des yeux burlones qui laissent penser qu'elle savait mettre mucha sal dans ses répliques.  A elle seule cette photo en dit plus long que tous les discours convenus sur la contribution des familles espagnoles à la création de cette terre d'Algérie que nous avons tant aimée (parce qu'eux y ont beaucoup souffert pour la faire fructifier) et qui nous fait mal aujourd'hui quelque part au plus profond de nous-mêmes...
Merci Juan d'avoir ainsi surmonté ta pudeur naturelle pour nous raconter cette belle histoire de tes abuelos, qui sont en même temps les abuelos des Garcia, Sanchez, Reyes, Vargas, Barcelona, Gonzalez et tant d'autres dans l'Oranie !!!

Amitiés oranaises y abrazo de PacoSG

 

 Bonjour,

J'ai lu avec attention ton message sur ton abuelito et ton abuelita...

Très émouvant.... Cela correspond aussi à l'arrivée de mes grands parents maternels vers la même époque...ils sont arrivés dans un vieux bateau... Ils vivaient à OHANES( dans la sierra nevada)... Ils n'ont jamais su parler le français.. ils me parlaient en espagnol et je répondais en français...
J'ai bien aimé la photo...mes grands parents leur ressemblaient. .Mon grand père avait toujours un chapeau sur la tête et une ceinture de flanelle rouge autour de la taille... je ne me souviens plus comment cela s'appelait... une "faja" ?

Amicalement
Françoise


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