retour plan du site      

Oran-1966-021.jpg (158401 octets)

L'accent de là-bas 

Oh ! Mon Dieu ! Ils m’ont tout pris :
Mon pays, ma maison, mon ciel bleu,
Mes djebels et ma petite église,

De mon pays perdu, il ne me reste plus que l'accent
Seigneur ! Faites que le temps qui passe ne me prenne pas mon accent

Ce n’est pas que l’accent de la Provence ne sent pas bon le thym et la lavande


Ce n’est pas que l’accent du Nord n’est pas noble et généreux !
Ce n’est pas que l’accent de Paris n’est pas beau
Mais le mien, Seigneur, c’est tout ce qui me reste de là-bas.

Parfois, il y en a qui disent que mon accent il sent la merguez,
Ils ne savent pas, ces ignares, qu’au lieu de me vexer,
ils remplissent mon cœur de joie.

Oh ! Seigneur, faites que le temps qui passe n’efface pas mon accent

Parce que vous savez, Seigneur,
Cet accent là,
C’est l’accent de mon père qui,
A Monte Cassino a crié à ses tirailleurs :
« Allez Larbi ! allez Mohamed ! En avant 
Nous zôtres, pour la France ! »

Cet accent là, Seigneur !
C’est l’accent de mon grand-père
Qui a crié à Verdun à ses Zouaves :
« Allez Pepico ! Allez Renato !
Baïonnette au canon 
Et Vive la France ! »

Si le temps me prend mon accent,
Comment je vais faire mon Dieu
Pour raconter à mes petits-enfants,
Avec l’accent de Paris,
Comment c’était chez nous zôtres ??

Vous m’entendez mon Dieu, moi, avec l’accent d’ici,
Leur dire comment criait le marchand de légumes
Dans les ruelles de chez nous ??

C’est pas que l’accent d’ici n’est pas joli,
Mais mon Dieu, vous m’entendez leur dire
Les gros mots que l’on disait à Galoufa,
L’attrapeur de chiens,
Avec l’accent de Paris, de Marseille ou de Lyon ??

Alors Seigneur, je vous en prie
Laissez-le moi encore un peu

L’ACCENT DE LA-BAS

 

haut de page